(23.06.07)
Un sac en plastique lui recouvrait la tête, toute la tête, comme si dans ce geste elle avait voulu se débarrasser de son visage, de ses yeux, de sa voix, réintégrer les vestiges de l’absence, faire disparaître une fois pour toutes son image sous cette mince pellicule translucide, ne plus exister, ne plus sentir, s’abîmer dans un néant sans modèle, partir loin et devenir autre. Voilà, scouic, fini. C’est comme ça que je l’ai trouvée, lorsque j’ai ouvert la porte : étendue par terre, recroquevillée comme une momie de musée, lascivement mêlée aux partitions du néant, en pleine répétition. Un corps sans qu’on lui voie la tête, rien qu’un corps, mais terriblement là, physique, incontournable, obsédant, imposant sa présence dans une sorte de long cri paisible, immobile et central, un hurlement d’étoile morte qui déchire sans fin les murs, traverse la ville, s’amplifie dans l’atmosphère pour regagner la clameur éthérée des hauteurs.
J’ai dégluti en tirant la langue et j’ai retiré le sac pour découvrir une expression éteinte, tranquille, sur son visage. Elle était belle, avec ses lèvres entrouvertes comme pour un dernier baiser, si belle avec ses joues livides, ses paupières closes et ses traits durcis, figés, avec cette longue marque rouge autour du cou qu’elle aurait pu avoir, qu’elle aurait eu, que j’imaginais bien là, comme si un fil de fer lui avait patiemment obturé la trachée pendant la nuit, ce long sillon qu’on aurait eu envie de parcourir du bout du doigt, y glissant avec une sensualité morbide – mais il n’y avait rien, sa peau était blanche, intacte, délicate : le sac n’avait pas été refermé, bouclé, tendu, serré, la mort n’avait pas eu lieu, pas cette fois-ci, pas au complet. Pour ça, je me disais, pour ça, il faudra bien savoir attendre encore un peu.
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Livre
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Des lectures
À rebours, Joris-Karl Huysmans, Flammarion (juillet 08)
Moderato cantabile, Marguerite Duras, Minuit (juillet 08)
L'attente l'oubli, Maurice Blanchot, Gallimard (juin 08)
La descente du singe, David Leblanc, Le Quartanier (juin 08)
The Road, Cormac McCarthy, Knopft, 256 pages (mai 08)
L'agrume, Valérie Mrejen, Allia (mai 08)
Journal du voleur, Jean Genet, Gallimard, 306 pages (mai 08)
Le chameau sauvage, Philippe Jaenada, Julliard, 335 pages (mai 08)
Messieurs les enfants, Daniel Pennac, Gallimard, 239 pages (avril 08)
La vache violette, Seth Godin, Transcontinental, 174 pages (avril 08)
Bleu: histoire d'une couleur, Michel Pastoureau, Seuil (avril 08)
Le magasin des suicides, Jean Teulé, Julliard, 157 pages (avril 08)
Sans l'orang-outan, Éric Chevillard, Éditions de Minuit, 187 pages (mars 08)
Malaise dans la civilisation, Sigmund Freud, P.U.F., 62 pages (mars 08)
Épistémologie, Gaston Bachelard, P.U.F., 216 pages (mars 08)
Introduction à la pensée complexe, Edgar Morin, Seuil, 158 pages (mars 08)
La détresse et l'enchantement, Gabrielle Roy, Boréal, 505 pages (mars 08)
Jimmy Corrigan, Chris Ware, Delcourt (mars 08)
Ripley Bogle, Robert McLiam Wilson, 10/18, 463 pages (mars 08)
Le destin miraculeux d'Edgar Mint, Brady Udall, Albin Michel, 545 pages (fév. 08)
La crise de la culture, Hannah Arendt, Gallimard, 380 pages (fév. 08)
Mesurer le monde, Ken Alder, Flammarion, 384 pages (fév. 08)
La chambre d'amis, Marcel Möring, Les Allusifs, 104 pages (fév. 08)
L'Iguane, Denis Thériault, XYZ, 178 pages (fév. 08)
Monsieur Teste, Paul Valéry, Gallimard, 140 pages (fév. 08)
Les ombres errantes, Pascal Quignard, Grasset, 190 pages (jan. 08)
Cochon d'Allemand, Knud Romer, Les Allusifs, 183 pages (jan. 08)
Le temps aboli, Thierry Hentsch, Bréal/PUM, 416 pages (jan. 08)
La notaire, Patrick Nicol, Leméac, 133 pages (jan. 08)
Nexus, Henry Miller, Livre de Poche, 511 pages (jan. 08)
Le retour à la terre, tome 4 : Le déluge, Manu Larcenet et Jean-Yves Ferri, Dargaud (jan. 08)
Tel quel (I), Paul Valéry, Gallimard, 222 pages (jan. 08)
La vie sexuelle de Catherine M., Catherine Millet, Seuil (déc. 07)
Les poèmes du piéton, Jaime Sabines, Écrits des Forges, 288 pages (déc. 07)
Eureka Street, Robert McLiam Wilson, 10/18, 544 pages (déc. 07)
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