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(10.05.08)
Charles toujours s’efforce de remuer la matière du fond, les sédiments du langage, la poussière sous l’immondice, chaque fois c’est lui qui enfilera la combinaison et les gants de travail et qui se bouchera le nez pour descendre gentiment se plonger dans la merde pendant qu’autour le monde continue de tourner normalement. Charles n’est pas un héros, c’est bien connu, c’est même tout le contraire, il fait ça par plaisir, dirait-on, mais les mots justes de l’orfèvre sont parfois plus vrais que ses vérités, et il aurait beau vouloir jongler ou frimer avec tout ça il en serait absolument incapable, c’est un profond courant venu du ventre qui le trahirait et qui lui exploserait dans la bouche, shhplaf ! et alors il serait bien contraint de poser un genou au sol, de mettre les mains dans la terre, de les y enfoncer en criant des choses qui le dépassent et de sentir une fois de plus que c’est avec la fraîcheur, avec l’humilité des souterrains qu’il a la plus grande affinité. |
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(09.05.08)
Charles n’a pas tellement peur de dire la vérité, sauf qu’il s’acharnera à ne la dire jamais. Charles bouffe ses paroles comme les boulimiques, et la vérité il l’avale avec le reste, la rejette quelques heures plus tard, sans y voir de différence. Charles n’a pas de mots pour dire certaines choses. Pour parler de sa mort, par exemple, ou pour parler de ses émotions, parfois, Charles arrive au bout du silence, ça lui râpe dans la gorge et sa langue se noie dans la pâte du réel. Alors, les mondes inventés ne sont plus d’aucun recours, le froid s’engouffre à l’intérieur et descend rejoindre les ruines de nos philosophies. Charles n’a pas tellement peur de dire la vérité, et s’il la dit d’ailleurs parfois c’est parfaitement par hasard, par erreur ou par défiance, pour aller au-delà de ses mensonges et vérifier les limites de l’humain en lui. Charles ne s’y fera jamais, Charles le dira toujours trop, ou trop peu, Charles se taira pour provoquer la naissance de l’aube, au bout du compte Charles ratera le train ou on le retrouvera écrasé en-dessous, c’est comme ça, et peut-être alors aura-t-il appris quelque chose, enfin, ou peut-être pas. |
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(09.05.08)
Je m’étais étonné de cette découverte à l’époque en parcourant le web : un volume intitulé Contes, légendes et récits de la région de Québec et portant comme sous-titre Anthologie de textes sur la ville de Québec et ses environs. De Jacques Cartier et Samuel de Champlain à Esther Croft et Charles Bolduc. L’auteur, Aurélien Boivin, y fait un topo en 758 pages de l’orature d’antan aux récits d’aujourd’hui et a eu la grâce d’inclure l’une de mes nouvelles à son anthologie, ce qui est assurément la consécration que j’attendais pour pouvoir mourir en paix. D’une certaine manière, c’est embêtant, car je n’ai pas trop envie de mourir ces temps-ci. |
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(04.05.08)
Lorsqu’il n’écrit pas, il assassine les araignées avec la pointe de son crayon. |
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(04.05.08)
Les images qu’il me renvoie n’ont pas tout à fait mes traits. On voit bien pourtant qu’il s’agit de moi, mais l’attitude n’est pas exactement la même : on remarque la pose, l’idée, le support, l’intention. La médiation s’opère forcément à l’encontre du naturel. |
(29.04.08)
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(28.04.08)
C’est la certitude qu’ils ont d’être différents qui les rend si semblables. |
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(26.04.08)
C’est tout ce qu’on écarte, dans l’acte de décider, qui génère l’angoisse : le non-advenu, l’imminent, le suspendu, le possible. Le choix est une réduction nécessaire à l’identité pour laisser des traces dans le monde, pour transmettre un message clair et pour croître avec une certaine constance. Car la constance, à défaut d’attrait plus exotique, est un puissant vecteur de socialité. |
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(22.04.08)
Le Géant Vert eût-il été jaune, qu’auraient goûté vos petits pois ? |
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(15.04.08)
Le savez-vous, vous, que la bécasse croûte ? |
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(14.04.08)
D’abord, il aurait fallu avoir un minimum de talent en chanson, travailler la voix, gratouiller la guitare, pousser la chansonnette à toute occasion pour en retirer le suc de l’expérience. Puis, les paroles nous seraient venues sans difficulté sous les doigts, les rimes se seraient enchaînées comme ça du premier vers à l’envoi, et le titre, tout aussi naturellement, serait une variation de la magnifique chanson de Brassens, Stances à un cambrioleur, qui pour nous deviendrait Stances à un chauffard. En substance, ça dirait ceci : Éric, je ne t’en veux pas, tu as même du goût de briser les voitures, c’est moche et ça pollue, mais la prochaine fois tu choisiras de foncer sur quelqu’un d’autre que moi, d’accord ? |
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(10.04.08)
Le hockey, en fond sonore. Mais on s’en fout, y’a du pinot, et noir le pinot, et fin le pinot. La première chose qu’on remarque quand on arrive au Nouveau-Brunswick, ce sont les routes. Pas un putain de nid de poule au pays des Brayons, c’est à se demander comment ils font, s’ils interdisent les camions lourds ou le gel et le dégel, carrément, mais peu importe, sinon, la chambre d’hôtel incarne un certain confort, ça augure bien («Bienvenue dans notre technologie», se fait-on dire dès l’entrée, un peu cérémonieusement), j’entrerai en contact avec les organisateurs demain en avant-midi, quelque chose comme ça, et il paraît qu’on a, ici, une réputation à entretenir. J’ai hâte de voir ça. |
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(10.04.08)
Spontanément, j’écris toujours Edmundston de la manière qu’il faut pas, je tape Edmundstun, avec un u, ou Edmunston, sans d, mais à l’oral je m’en sors assez bien et personne ne le remarque. J’aurai trois jours pour apprendre correctement la leçon auprès des gens du coin car j’y serai très bientôt : Charles Bolduc ; Les perruches sont cuites |
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(07.04.08)
Mais ses erreurs n’ont pas que de bons côtés. |
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(02.04.08)
La couleur noire correspondrait mieux à la neige, à l’endormissement profond qui caractérise la saison hivernale, aux corbeaux qui en scandent l’avancée macabre, quoi qu’en disent les positivistes. On aurait ainsi une bonne raison de ne plus sortir en attendant le printemps. |
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(01.04.08)
Et si le monde perdait brutalement la littérature, qui sert à nommer le néant (si elle doit servir à quelque chose), il y a fort à parier que, paradoxallement, il apercevrait davantage encore ce vide qui est en son centre - mais sans pour autant parvenir à l’amadouer. |
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(01.04.08)
Deux minutes cinquante, c’est exactement le temps d’éclairage continu que nous offre le lampadaire situé à quelques mètres de la fenêtre du salon. Ensuite vient une période de vingt-et-une secondes lors de laquelle l’ampoule s’éteint d’abord brusquement, laissant ensuite décroître son incandescence résiduelle pour lentement s’absorber dans la nuit, puis le grésillement reprend enfin au bout d’un court silence, timide, des lueurs vacillent, scintillent, et la lumière soudain rejaillit dans la rue comme par devant. Ainsi vont nos soirées, dans une trame simple rompue par les clignements du réverbère, à croire qu’il nous fait de l’œil, toutes les nuits, inlassablement, jusqu’à ce que le jour le lui crève gentiment au petit matin. |
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(01.04.08)
Quoi, s’écria-t-il en feuilletant son journal, renversant presque sa tasse de thé, encore un livre qui prend pour sujet les cabrioles affectives pathético-ludiques de ces trentenaires ?! On avait bien besoin de ça. |
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(31.03.08)
On dénombre 14 572 flocons sur le petit balcon à l’arrière de l’appartement, je les ai comptés cet après-midi. Près de la moitié, lors de cette délicate opération, se dissipèrent et fondirent entre mes doigts. Avec la modestie qu’il se doit, j’assume votre vive et éternelle reconnaissance pour un printemps qui arrivera 0,0000017 secondes plus tôt que dans les conditions normales. |
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(29.03.08)
S’il lui arrivait de s’attarder à ce qu’à lui-même il croyait valoir, cette valeur ne lui venait jamais que de la perspective de sujets extérieurs, antagonistes, complémentaires. Il lui fallait beaucoup d’imagination. |
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(29.03.08)
Il marchait longuement, le soir après souper, dans l’intention confuse de s’échapper à lui-même. Il est loin d’être évident, se dit-il, arrivant près du fleuve, l’art de se perdre. Seuls peut-être le possèdent-ils vraiment les grands désoeuvrés, qu’ils soient princes ou vagabonds. |
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(28.03.08)
Le sarcasme m’a toujours semblé étrangement attendrissant – soubresaut d’un esprit qui, dans le désespoir, cherche malgré tout des moyens de ne pas se croire. |
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(26.03.08)
Avec ses manies de tout organiser, comprendre, classifier et contrôler, il en est venu à l’impossibilité de se concevoir à l’intérieur de son propre système, autosuffisant, insuffisant, fermé sur lui-même. C’est le désordre qui l’a fait renaître ; par lui qu’il a pu, qu’il pourra, se ressaisir. |
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(07.03.08)
Il jette un long regard à William, puis à la ville qui s’étend à perte de vue de l’autre côté de la baie vitrée. Alexandre, c’est un nom d’empereur, de conquérant, d’écrivain, de pape et de roi de trèfle : un grand nom, et célèbre avec ça ! Sûrement pas de quoi mener une entreprise à la faillite. À partir de là : plus rien. J’ouvre ensuite l’armoire de la pharmacie, je saisis la bombe de crème à barbe, la secoue, vaporise une noix de mousse dans le creux de ma paume et l’applique sur mes testicules. De l’autre côté de la porte, une voix tonne : J’en compte quelques-uns, de cette espèce, fait l’avocat de la défense. |
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(04.03.08)
J’ai revu avant-hier un vieux copain de l’école secondaire. On s’est donné rendez-vous à vingt heures dans un pub près de la marina et on n’a eu aucune difficulté à se reconnaître, malgré qu’on ait passablement changé depuis toutes ces années. C’est comme ça, on n’y peut rien: on restera toujours désespérément reconnaissables. Et ce n’est pas de la sagesse. Le vieux copain a commandé quelque chose de fort, je ne me rappelle plus quoi, et j’ai pris la même chose en levant un sourcil et en prononçant simplement «La même chose», comme ils font dans les films. J’ai tout de suite senti que c’était un peu ridicule, mais il était trop tard, je l’avais dit. On s’est raconté des tas de choses sans importance, des banalités propres à nous rassurer sur le temps qui passe, des mots si légers qu’ils apaisent le poids des souvenirs oubliés, qui est pourtant énorme. La conversation prenait des airs confortables et surannés sous une lampe aux reflets feutrés et verts, comme celles qui surplombent les tables de billard. J’ai parfois l’impression que c’est un peu ça, la mort: parler à un vieil ami, mais sans aucun espoir de vraiment le retrouver, garder toujours à l’esprit cet écart, ce fossé qu’ont creusé les ans et qui nous laisse aux prises avec une distance consternante, absolument infranchissable. On a bougé un peu nos mains au-dessus de la table, comme pour sculpter les discours qui s’élargissaient, et on a souri, puis il m’a demandé des nouvelles de M. Il faut savoir que M. et moi, on a vécu quatre ans ensemble en appartement avant que ça ne devienne réellement insupportable et qu’elle décide de s’en aller travailler en Allemagne, en partie pour me fuir et en partie pour se convaincre qu’un nouveau départ était ce qui lui convenait afin de devenir plus heureuse. Peut-être que c’est bel et bien ce qui lui est arrivé, le bonheur, mais on ne s’est jamais reparlés depuis notre séparation alors j’ignore ce qu’elle pense de tout ça, et en ce moment je ne sais ni où elle se trouve ni par quoi elle est passée. Pour ma part, j’ai dû traverser les affres d’une violente mononucléose la même année et je me suis foulé une cheville le jour de mon déménagement, ce qui m’a forcé au repos le plus complet pendant près de cinq semaines; ça a vraiment été une année de merde. Bien qu’il n’osera jamais me l’avouer, je sais bien, moi, que ce vieux copain débile retenant ses rots alcooleux sous un T-shirt serré qui lui moule les pectoraux, je sais bien qu’il était amoureux de M., qu’il la désirait follement parce qu’elle n’avait rien à voir avec ces dizaines de filles trop belles, trop parfaites, trop conformes, dotées d’une beauté qui agace rapidement, non, M. possédait quelque chose de plus, ou de moins, en tout cas, une beauté plus naturelle, insouciante, elle connaissait l’asymétrie, le vice, le plaisir et l’ironie, voilà, c’était sa force, elle se contrefichait de ce qu’on pensait d’elle, et ça lui allait à ravir. Il lui vouait sans doute un culte tordu, je ne sais pas, une sorte d’admiration malsaine, et si j’en crois les apparences ce serait précisément pour cette raison qu’il m’aurait recontacté. Et donc quand il m’a demandé des nouvelles de M., je n’ai pas bronché, mon silence agissait comme un acquiescement, je ne lui ai surtout pas révélé qu’on n’était plus ensemble depuis longtemps, et évidemment on s’en est tous les deux ressenti beaucoup mieux. Je me suis tu. Pendant la soirée, pourtant, il m’a ramené trois ou quatre fois ma supposée relation avec M., il me disait «Quand tu te réveilleras demain avec elle…», «M. et toi, on sait bien…», «Vous êtes en couple depuis si longtemps…» ou «Ça n’a rien à voir avec vous deux…» Mais je ne lui ai pas donné la moindre information, je n’ai pas voulu qu’il en sache davantage. Il n’y avait que l’image de M. dans mon lit, sous mes draps, et ça ne m’a pas déplu. Après trois ans, c’était chouette de voir qu’elle convenait toujours à ce type de situation. |
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(17.02.08)
Voici un bref bilan de l’état des choses. Deux ans après avoir terminé le travail sur mon premier livre, quelques sueurs (je ne suis pas très sportif) et plusieurs litres d’angoisse, j’ai enfin entre les mains une v.01 à envoyer à mon éditeur chéri - sans aucune garantie, ceci dit (et en dépit de mes caresses verbales), qu’il acceptera quoi que soit. L’ensemble est, encore une fois, très court : 178 000 signes, ce qui constitue tout de même une augmentation par rapport aux 145 000 du premier, mais demeure de l’ordre de la plaquette, chose qui à la rigueur devrait m’indifférer, mais j’ai sincèrement voulu écrire 200 pages, seulement c’est très malaisé pour le type d’histoire densifiée que je traficote. Quinze chapitres, donc, douze ou treize lignes de dialogue, tout au plus, des paragraphes à s’arracher un à un les cheveux de la tête, même pas de titre de travail (le fichier s’intitule haha.doc, mais il n’y a aucune crisse de raison à ça, ce n’est pas drôle du tout), et pour le reste il faudra lire vous-même, parce que c’est pas tellement résumable. J’enverrai donc sous peu le document à mon éditeur et, dans l’attente de sa lecture, me prendrai quelques journées de répit bien méritées, ce qui, pour les quelques lecteurs assidus de ce blog que vous êtes, représentera une bonne nouvelle : je consacrerai assurément plus de temps à me changer les idées et à y écrire diversement réflexions et conneries comme elles me viennent à l’esprit. |
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(07.02.08)
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(30.01.08)
Je me suis retrouvé hier midi à la conférence de presse pour le lancement de la saison d’hiver 2008 de la Troupe de théâtre Les Treize de l’Université Laval, et pas seulement pour y faire le pique-assiette, non, tenez-vous bien, j’étais là à titre de Président d’honneur, monsieur, discours, costard et souliers shinés inclus pour faire dans les règles de l’art, et pour ça on m’a gentiment offert une bouteille de porto blanc que j’ai réussi à ne pas boire au complet le soir venu, histoire d’en profiter. On y présentera ces pièces-là : Quatre histoires et un sac de fric de Maude Bégin Robitaille, Vos amis et voisins de Neil Labute, Les quatre morts de Marie de Carole Fracasse et Capitaine Fréchette de Théophile Gauthier, ou plutôt l’inverse. Les informations circuleront au cours des prochains jours, dans les médias et sur le site des Treize, vous irez voir ça. Pour ma part, j’ai singulièrement hâte de voir le Labute mis en scène par Philippe Savard, ça risque d’être explosif. |
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(28.01.08)
Certains se rappeleront d’une note à propos des chats perdus, où je doutais qu’un chat perdu puisse vraiment être retrouvé grâce à des affichettes placardées partout dans le quartier. Car après tout, c’est un peu un geste désespéré. Eh bien j’avais tort (mais ça ne m’arrive jamais). Je suis rarement dans les parages, ces temps-ci, je sais. C’est que je travaille d’arrache-pied sur mon prochain bouquin et y consacre plusieurs heures par jour, et après j’ai mal aux yeux alors je délaisse un moment les écrans, vous comprendrez. |
(18.01.08)
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(05.01.08)
Ce type, il ne faudrait pas en faire un cas, mais tout de même. On était là, une trentaine, nous, dans l’autobus, et lui devant, dehors, avec sa blonde dans les bras qui criait l’injustice des adieux de toute l’éternité. Déchirant, je vous dis, c’était ; avec une touche d’absurde que je savourais particulièrement. Le décor, c’était un patelin, je ne me rappelle plus, on y est resté sept ou huit minutes, tout au plus, le temps, je dirais, que la scène devienne pénible, non seulement pour le type, ou pour la fille qui reniflait en hoquetant, mais pour les trente passagers qui ne savaient plus détourner leur regard de cette étrange performance, variation pathétique sur l’individualisme moderne, lui qui disait Envoye, décolle, tu trouveras bien quelqu’un d’autre pour te fourrer, et elle qui en remettait à grands coups de larmes et de poings, disant Enfoiré, pars pas, pars pas, j’ai besoooin de toi, je t’aime. On aurait voulu la prendre dans nos bras, la consoler de tomber sur des connards de cette espèce, l’espèce humaine, je veux dire, mais il n’y avait pas grand-chose à faire. |
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(22.12.07)
Il y a ce livre paru la première fois en 1926 et dont je possède la dixième édition (1966), le Sagehomme, un répertoire alphabétique de 16 700 auteurs (70 000 romans et pièces de théâtre cotés au point de vue moral), qui me fascine immanquablement lorsque j’en parcours les quelque 700 pages. On y rappelle, entre autres, que Sartre était presque tout à l’Index, aux côtés de Stendhal, de Jacques le fataliste, de Notre-Dame-de-Paris ou d’une douzaine de romans de ce cher Balzac, et pas les moindres ; on y apprend avec étonnement que l’infect Thérèse Desqueyroux de François Mauriac, pourtant aussi inoffensif qu’insipide, était classé D («appelle de sérieuses réserves») ; on y lit encore qu’une grande partie de l’oeuvre de Pierre Louÿs, de Sacha Guitry ou de San Antonio était cotée M («oeuvre nocive à rejeter»), tout comme, par ailleurs, la majorité des livres qui auront traversé l’histoire à ce jour. Les sigles TB et B y figurent notamment au sujet d’oeuvres et d’auteurs absolument inconnus, qui n’auront fait que conforter passagèrement les moeurs de l’époque et de l’institution. Je m’amuse parfois à imaginer ce à quoi ressemblerait ce livre s’il devait être publié aujourd’hui. De quel côté on rangerait les livres de tel et tel auteur. Michel Tremblay récolterait un D pour toute son oeuvre, à l’exception peut-être de quelques livres qui iraient se chercher un B ou un B’ («exige formation morale, intellectuelle et religieuse suffisante») ; Jacques Poulin se coltinerait les TB jusqu’à l’ennui ; Marie-Claire Blais, Jacques Ferron, Réjean Ducharme, Gérard Bessette, Victor-Lévy Beaulieu et Christian Mistral auraient leur passeport pour l’Index ; Gaétan Soucy, Jean Barbe, Maxime-Olivier Moutier et Nelly Arcan se répartiraient les D et les M (à l’exception d’un TB pour le dernier Moutier) ; Patrick Brisebois mériterait amplement pour sa part un M (on attendrait qu’il meure pour lui conférer son I) ; Dompierre aurait un D, parce que le lobby féministe a jugé que c’était misogyne ; Chabot naviguerait probablement entre le B et le D, à l’instar de Marie-Hélène Poitras et de Matthieu Simard ; Dickner, Vigneault et Vincelette auraient les meilleures notes du groupe et on leur en serait reconnaissant. On érigerait un bûcher et, pour l’exemple, on y carboniserait un jeunauteur par année. Ça sentirait la chair brûlée pendant quelques jours et on évoluerait vers un monde meilleur. |
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(16.12.07)
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(15.12.07)
C’est drôlement plaisant de se googler, à l’occasion. On découvre des tas de choses intéressantes, comme cette fille qui dit qu’elle veut vous marier (c’est charmant), ou cette autre qui épouserait volontiers votre cousin (c’est encore plus charmant, étant donné que je suis pris ; j’en glisserai un mot à Philippe, mais c’est un Beauceron), ou la première qui récidive pour dire qu’elle ne veut plus vous marier (un divorce est si vite arrivé), ou encore cet improbable schnoque qui vocifère sur toutes les tribunes possibles que votre livre est “pourri”, ou V. qui en parle en bien depuis les débuts, sans tarir, ou plus simplement tous ces commentaires, ces allusions, ces échanges, on se sent comme un espion d’y avoir accès, d’ouvrir une porte virtuelle et de jeter un regard à tout ça, à tout ça qui est le pouls du lectorat et qu’un auteur, il y a encore très peu de temps, n’aurait pas eu la chance de prendre. Tenez, au fait, j’ai pas encore eu l’occasion de vous le dire, mais mon livre Les Perruches sont cuites fait partie des nominés au Grand Prix littéraire Archambault. Comme c’est un prix du public, et que donc ça se jouera sans surprise entre Chrystine Brouillet, Sonia Marmen et Anne-Marie Sicotte, qui font des livres de madames, je n’ai aucune chance de gagner (pas plus que quatre ou cinq autres excellents auteurs là-dedans), mais c’est sympa quand même d’en être (je me serais d’ailleurs plus vu dans le Prix de la Relève, quelque chose m’échappe certainement dans leur processus de sélection) et ne vous gênez pas, ceci dit, pour aller voter quand même, afin de conjurer le sort. Par ailleurs, profitez-en, la chose est à 20% d’escompte dans ladite chaîne, ça fait un maudit beau cadeau ça pour Noël - et c’est de la pub éhontée, oui, merci. |
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(11.12.07)
Il faudrait la dépecer, l’éventrer patiemment, l’ouvrir de haut en bas pour en révéler la substance rougeâtre, la tripaille puante, l’engeance contenue et mettre l’urgence à tout ça, dire simplement qu’il est temps, donner le signal, sonner l’alarme, lever les yeux au ciel et crier les mots qu’il faut, simplement faire sentir que le ventre n’en peut plus, que le corps est trop étriqué, que la foi ne sert plus à rien, qu’il faut quelque chose d’autre, quelque chose de plus, une substance magique, un hallucinogène miracle, un décapant à peinture d’une violence encore jamais éprouvée, n’importe quel produit capable de renverser la paupière, il faudrait la dépecer, lui dire que tout est là, que tout est ici, que tout est près du cœur si on s’en donne la peine, si on fouille bien, que tout a l’odeur d’une éternité que l’on s’évertue à goûter sur le mode du plaisir, et qu’il n’y a plus rien de sacré que ce que l’on veut bien adorer, comme toi. |
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(28.11.07)
On déserte petit à petit l’appartement. L’habitable s’emboîte, et le temps prend tout l’espace, les habitudes s’effritent, la lumière n’est plus tout à fait la même, les autobus dehors font trembler l’immeuble avec la douce nostalgie de la dernière fois – après, plus rien n’existe, tout existe. On nettoie avec une pudeur circonspecte les traces des fantômes de soi, les traces incrustées entre les lattes du planchers, au-dessus des armoires, dans les fentes du divan, toutes ces infimes parcelles qui prouvent notre existence d’être humain, qui racontent une histoire, mille histoires, ou bien on laisse tout ça au locataire qui nous suivra, on lui abandonne ces bagages invisibles, ce vécu séculaire, on fait quelques tours de barillet avec les doigts, on braque et on appuie sur la gâchette, on se décharge, le premier décembre. Après, plus rien n’existe, tout existe. L’hiver s’installe. Il fera blanc. |
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(04.11.07)
Ouvrir ses grands yeux d’orme et regarder. Ouvrir les siècles aux heures du corps, lécher la stupeur pour attendrir l’extase, tenir le paysage dans sa bouche. Naître pour toi, pour ta peau, pour tes astres et l’odeur de ton rire entre les draps. Naître un dimanche, pour te faire l’amour, longtemps. Pour bien te prendre jusqu’à la dernière pluie, jusqu’à l’épuisement de ce cri que j’ai cessé d’imaginer depuis qu’il me hante. |
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(18.10.07)
On tombe sur Amandine, le visage grave, assise sous la pluie devant le dépanneur et qui arbore de profonds cernes noirs en attendant on ne sait quoi. Son pusher, peut-être, ce vieux dégueulasse qui insiste chaque fois pour obtenir des faveurs supplémentaires, ou la fin du monde, l’engloutissement définitif de ses névroses passées et à venir dans un grand vacuum sidéral, comme si elle n’avait jamais eu à naître ou à lentement expérimenter l’impossibilité de vivre, l’impossibilité de mourir, ou bien il se peut qu’elle n’attende rien, qu’elle soit là comme on est ailleurs, par défaut en quelque sorte, à moitié désincarnée, traînant ce corps péniblement réel de lieu en lieu, sans désir, sans espoir et sans nostalgie ; sans douleur, finalement, mais sans joie non plus. |
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(21.09.07)
Charles is préparing lentement et hardiment son prochain bouquin. Ah. Oups, non. Je me suis trompé d’endroit, désolé. |
(21.09.07)
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(13.09.07)
Un jour comme ça elle est devenue dangereuse, elle a pris un couteau dans le tiroir à ustensiles, l’a monté bien haut dans les airs pour se convaincre de quelque chose que personne ne pouvait voir, pour se prendre au jeu d’elle avec un couteau dans les mains, dans les airs, le pointu pointé vers mon visage et la lame plutôt émoussée, mais franchement rendu là ça ne faisait plus aucune différence, il y avait l’image, une image forte, et ça suffisait à interrompre le cours des choses qui n’en ont pas, ou si peu, et qu’on oublie rapidement après. Je l’ai imaginé un instant à l’intérieur de ma chair, ce couteau, trouvant naturellement sa place tout au fond de mon ventre, déchirant l’intestin, le foie, la vésicule, fouraillant là-dedans avec véhémence, une belle charcuterie que ce serait, avec du rouge sur ses joues du rouge sur ses lèvres sur ses doigts du rouge qui n’en finirait plus d’être rouge pour bien marquer la violence de l’acte, il faudrait du rouge et j’allais le lui dire mais j’ai plutôt dit qu’est-ce que tu fais, qu’est-ce que tu fais avec ça, comme si ce n’était pas évident ce qu’elle faisait, comme si enfin j’avais du temps à gagner ou quelque chose, des points, des Air Miles, il ne fallait plus penser, attendre la lame, le grand déchirement, j’ai fermé les yeux et j’ai été sage, j’ai toujours été un garçon extrêmement sage à ce qu’il paraît. Un jour comme ça elle est devenue dangereuse, les plombs ont sauté, elle a pris un couteau dans le tiroir à ustensiles et au lieu de s’en servir elle l’a remis à sa place, entre l’ouvre-boîte de marque concurrente et les cuillères en bois, elle a marché vers la porte et sans se retourner, ou si, en fait, elle s’est retournée, m’a lancé un regard vide qui ne signifiait pas grand-chose ou ce que vous voulez, ce qui revient au même, et ç’a été tant mieux, je veux dire la dernière fois que je l’ai vue. |
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(08.09.07)
J’ai passé la soirée à me dire que j’aimerais y croire, à toutes ces histoires d’ombres et de présences et de revenants, à me répéter intérieurement que s’il devait y avoir un sens, une explication, elle se trouvait peut-être là, dans l’invisible, ce serait assurément plus facile, plus rassurant, se dire qu’il y a cet univers, juste là, qui régit en quelque sorte celui-ci, ou qui tout au moins lui communique certains de ses mouvements, moi et ma façon de concevoir les choses aussi, toujours à la recherche d’une voie dans laquelle m’engouffrer, m’abîmer, et en fait celle-ci je veux dire elle est bien incapacitable, du genre qui te laisse sentir qu’elle existe, qui promet tout un monde de compréhension, d’extrapréhension, et puis qui s’avère inéluctablement décevante car impénétrable, inexpugnable, voilà tu arrives avec tes grandes intentions, ton désir de mettre les mains dedans, bien loin oui de t’y enfoncer jusqu’aux coudes, de tout t’approprier jusqu’au fondement, mais elle non, c’est qu’une agace, tu te dis, une dimension parallèle qui joue à l’agace, avec des âmes et des esprits comme une horde de chacals pas très futés, depuis Victor Hugo et tous les autres, qui n’auront droit au final qu’à des coups sur les portes et des profils fugaces glissant contre les armoires de la cuisine, pour faire dresser le poil sur les bras lors des soirées humides de septembre, mais en fait rien, j’ai passé la soirée à me dire que j’aimerais bien y croire, à écouter les récits des uns et des autres, à me laisser étonner par l’invraisemblable, à m’imprégner de cette frayeur communicative de l’inexplicable, et pourtant pas moyen de sortir d’ici, je vous l’annonce officiellement, les mecs, on est dans un beau pétrin, nous les rationnels. |
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(22.08.07)
J’ai bien envie de reprendre du service. Je veux dire. Je commence à comprendre que le monde n’est pas qu’une vaste et vache imposture et que pour le traire comme il faut, ça prend ses deux mains. Alors je m’y mets. Je veux dire. Il y a de belles choses qui arrivent, qui sortent de là, du pie du monde. Alors j’y colle la bouche et je m’en fous plein la gueule, c’est ma façon à moi de dire à la vie qu’on peut faire à nouveau ami-ami, comme au temps où j’avais encore rapaillé bien peu d’existence dans le ventre du silence et que tout ça ne semblait faire qu’un grand tout, un peu informe, certes, mais dont la réconfortante chaleur laissait croire à l’humanité. J’ai passé l’ensemble de mes jours depuis à chercher à racommoder la faille. La grande faille qui m’a irrémédiablement dissocié de moi, d’une part de moi, disons, cosmique, d’une part de moi qui ne m’appartient pas, qui appartient désespérément aux autres, et que certaines petites expériences, que certaines petites douceurs me font entrevoir au coin des lèvres de la femme que j’aime, et qu’il me faut cueillir, dans l’urgence de ce sentiment de retrouvailles avec l’aube, qui est l’antithèse du déchirement. Je veux dire. Et puis il y a cette bourse, que j’ai eue finalement, pour vous confier les choses en vrac, et qui me permettra d’écrire cet automne, et de voyager un peu aussi. Tenez, et quelqu’un connaît peut-être quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a un pied à terre à Paris ou à Istanbul ou en Toscane et qui voudrait me l’échanger contre un modeste château dans la jolie ville de Québec, quelques semaines? Les plantes y sont belles, le soleil y dessine ses petites géographies amoureuses, et ça prend ses deux mains pour en apprécier tous les contours. |
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(18.08.07)
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(11.08.07)
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(09.08.07)
On ne me répétera jamais assez ce que je sais déjà. |
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(04.08.07)
Je pense à ton ventre et ça me pique sous le talon gauche. Ce n’est pas très romantique, je sais (mais je possède d’autres qualités, je crache loin et je peux bouger les oreilles, par exemple). Un bien charmant machin, franchement, que cette virée dans les Cantons-de-l’Est pour les Correspondances d’Eastman. Ce qu’il y a de bien avec les trop rares et peu viables festivals littéraires, c’est que le public vous y attend d’emblée avec une ouverture particulière, qu’il se fait un point d’honneur à se préparer à votre venue en lisant votre livre ou en se documentant sur vous, et que donc au bout du compte l’événement advient et la discussion lève non seulement entre vous et l’animateur et les deux autres participants (Jonathan Harnois et Myriam Beaudoin, en l’occurrence), mais également avec la foule de lecteurs assemblée là et toute pleine d’interrogations pertinentes. Paisible, l’ambiance; des gens chaleureux et tous très dévoués au bon fonctionnement du festival qui, on le devine, fait pulser pendant quatre jours ladite petite bourgade. Du soleil à vous trouer l’ozone du cuir chevelu, un lac argenté, quelques orages violemment délicieux; on a encore abordé, comme ça a été fait déjà souvent et comme ce n’est pas près d’arrêter de se faire, la question du rapport masculin/féminin à l’écriture (cette fois-ci via le thème de la mémoire), ce qui me semble de tout temps un superbe faux débat sur lequel on a d’ailleurs glissé rapidement, nous attardant plutôt à la place qu’occupe cette mémoire de l’enfance dans nos créations respectives, au deuil, à l’oubli, à notre façon personnelle de toucher au souvenir et à la construction identitaire rétrospective ou inspective (ben oui, je sais) qui en découle. Bref, un tas de choses toutes plus intéressantes les unes que les autres et dont l’animateur (l’également éditeur Antoine Tanguay) a habilement noué nos diverses interventions. |
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(01.08.07)
La maladresse attendrissante d’une inconnue en rollers, les plates-bandes sous le soleil du quartier qui sentent l’intérieur d’une cosse mûre de petits pois, les bruits de la voisine le matin sous la douche, l’accent étranger de cette actrice pas tellement connue que je croise parfois chez Jean-Philippe, mais vraiment tes murmures dans la tête pendant que je devrais avoir mille autres préoccupations beaucoup moins intéressantes et que tout ce que je parviens à faire c’est de charger ton visage d’un érotisme absolument indécent que rien ne pourra apaiser les trois prochains jours durant. |
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(20.07.07)
La bouteille de vin encore une fois est ouverte un peu trop tôt. La limite morale serait midi, mais c’est souvent loupé. Pas grand-chose à faire aujourd’hui sinon regarder la pluie tomber, aller se faire mouiller pour déposer un colis au comptoir postal, relire la critique d’hier pour pouvoir angoisser inutilement d’y avoir mis quelques phrases sévères, puis vérifier cinquante fois les messages sur ma boîte de réception, dans l’attente de rien. Je ne sais pas pour vous, mais moi quand il n’y a rien à foutre j’aime bien m’enfoncer un doigt profondément dans les narines afin d’y récolter quelques plantureuses et réconfortantes crottes de nez. Ne vous y trompez pas : c’est un plaisir purement esthétique. Je fouille les parois, je souffle un peu, pour humidifier les reliefs, puis j’extirpe un magnifique spécimen que j’observe quelques instants sur le bout de mon ongle, satisfait, avant de l’expédier dans un coin du salon d’une pichenotte experte. Je connais peu de moments d’accord aussi étroit avec soi-même. Parfois, je les bouffe, mais c’est plutôt rare. Ça doit bien faire vingt ans que ce n’est pas arrivé. Les récentes semaines de vacuité bien remplie m’ont laissé avec un terrible mal de foie. Il faut plutôt t’épanouir, me dit mon entourage, vaguement inquiet, en mentionnant la résilience, l’espoir, la simplicité. Tiens, j’ai même pensé aller cogner à ta porte pour vrai, pour voir, pour vivre, pour me désennuyer de ne pas savoir t’atteindre, ou t’attendre – jamais suffisamment, jamais dans la totalité de ce que ça devrait impliquer. Mais la déception n’a plus sa place au XXIème siècle, dit-on. Il faut plutôt s’épanouir. Alors voilà. J’avoue mon échec. Je carbure à l’insatisfaction, à l’intégrité, au mal du tout. J’ai la démesure de mon silence face à l’éternité. Car que faire d’autre ? |
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(17.07.07)
J’ai monté les quelques marches pour atteindre le premier palier. L’escalier était vieux et en bois et possédait une légère inclinaison vers la gauche, comme si le sol sous l’immeuble s’était graduellement affaissé et que toute la structure avait imperceptiblement bougé, millimètre par millimètre, année après année, pour enfin en arriver avec un résultat comme celui-là, un escalier croche dont l’ascension vous portait naturellement à pencher vous-même à droite, afin de contrer l’effet du clivage. En haut, il y avait un paillasson, vous savez, ces paillassons supposés vous souhaiter la bienvenue et sur lesquels vous vous essuyez la politesse des pieds avant d’entrer. Il y avait ce petit tapis, donc, et j’ai regardé la porte un instant avant d’avancer mon bras vers la sonnette. J’ai sonné, j’ai gardé le bouton enfoncé à l’aide de mon doigt peut-être une seconde et, l’oreille tendue, je me suis demandé ce qu’on pourrait bien faire une fois qu’on serait l’un en face de l’autre, enfin surtout moi en face d’elle, parce que dans le cas inverse rien ne la préparait, elle, à ma venue, alors elle réagirait probablement comme toute personne de bon sens le ferait dans une telle situation, c’est-à-dire en m’envoyant promener dès que j’aurais exposé les faits. |
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(14.07.07)
J’aimerais bien savoir dans quelle proportion Les propriétaires de chats perdus Qui mettent des affiches de leur chat perdu Retrouvent réellement leur chat |
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(13.07.07)
On recherche celui ou celle qui saura nous faire changer d’avis, qui saura nous faire comprendre que notre vision du monde c’est n’importe quoi, et qui le fera d’un mouvement si puissant, si total et si parfait que l’on ne ressentira aucune douleur. |
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(12.07.07)
Petite pause méritée dans le Festival d’été (qui dure quand même onze jours) pour me garrocher en bus au Téléphone Rouge à Sherbrooke et y donner une lecture publique (mouais, c’est pas vraiment une pause, tout ça, en fait). Il y a de bien jolies filles, à Sherbrooke. Comme cette Beauceronne avec un nom d’actrice qui s’est endormie sur le canapé. Mais je dis ça comme ça, je ne cherche pas à faire plaisir à qui que ce soit. Enfin. Nous, on était là pour boire et lire des textes, dans l’ordre. Il y avait Christian Mistral, il y avait Patrick Brisebois, il y avait moi et il y avait nos hôtes, les Suspects de service. Une chose est sûre : les réputations ont été entretenues. Meth, of course, est une personne hyper charmante. Nuit étriquée à élargir un peu le monde à coups de mots lancés dans les haut-parleurs et ailleurs. On m’a mis dans les mains une banane avant de quitter, après deux ou trois heures de sommeil, histoire de simuler un déjeuner et d’ouvrir le jour par cette série de petits gestes conditionnés commençant avec un café bien noir - banane que je n’ai pas mangée parce que mon corps l’aurait certainement refusée. Les bananes de Sherbrooke, d’ailleurs, sont peut-être empoisonnées. |
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(08.07.07)
On apprend par voie de communiqué que « La maison de production Laterna Films, fondée par Paul-Emmanuel Audet et Michel Lam, vient de recevoir le financement de la part du Conseil des arts du Canada pour la production du court métrage “Corps d’argile”. Réalisé par Michel Lam et produit par Olivier Sabino, le film est une adaptation de la nouvelle “Dans le fond de la 7 vers Place D’Youville” du jeune auteur Charles Bolduc. Il mettra en vedette Pierre-Luc Brillant. » C’est ce qu’on appelle une bonne nouvelle, ça. |
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(04.07.07)
Vous n’avez jamais été sidérés par cet étalage dégoulinant de sagesse populaire qu’on retrouve dans les commentaires de la plupart des blogues (dis-je, au risque de passer encore une fois pour ce connard prétentieux que je ne suis pas tout à fait) ? À l’ère où les communications efficaces minent l’écoute véritable, ce n’est pas parce que tout le monde a accès à vous que vous désirez forcément avoir accès à tout le monde, faut comprendre la nuance. Ceci expliquera cela, pour ceux qui se demandaient encore pourquoi il n’y avait pas de commentaires ici. Pour les autres, il existe les courriels. |
(03.07.07)
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(30.06.07)
À quelques minutes près, c’était nous. C’était nous qui décapitions l’orignal, nous qui le pulvérisions, à tel point que sa carcasse aurait par la suite été introuvable, nous qui répandions son sang et ses tripes et sa chair et sa cervelle sur plusieurs mètres de chaussée humide, un grand festin d’animal, un banquet pour les vers les mouches et les rapaces, tout juste dans le prolongement de ces deux traces noires qui durent provoquer un crissement infernal, de ceux qui vous restent en tête jusqu’à la fin de vos jours (si vous avez bien sûr encore la chance après ça d’être en vie pour en témoigner). À quelques minutes près, dans le crachin brumeux du Parc des Laurentides, c’était nous qui perdions la route et c’est pour nous qu’on les aurait allumés, ces feux de détresse, quelques mètres devant les premiers arrivants sur l’accotement de droite. Les gens auraient roulé dans la gélatine sanguinolente, une mine de dégoût et une ombre inquiète sur le visage, les voitures auraient subi de légers cahotements et auraient poursuivi leur chemin vers la ville. Parce qu’il est déjà tard, parce qu’il fait nuit, parce qu’il y a quelqu’un d’autre, tu vois, on n’est pas les premiers et parce que de toute façon la mort n’attend pas, qu’on y soit ou non elle n’attend jamais, elle s’en moque bien, de nous. À quelques minutes près, je vous dis, on aurait su quel effet ça fait. Et puis bang. Oui. On aurait su. |
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(28.06.07)
Il n’y a rien de suffisant. Jamais. Aucune raison de dire Voilà, j’y suis arrivé; de considérer que tout ça, eh bien ça peut faire une vie. Aucune raison d’accepter d’être plus petit que soi, ou plutôt de ne pas être plus grand. Aucun état qui mérite la mesure. C’est ce que je croyais, il y a encore quelque temps. Ça me permettait d’avancer, vous voyez, c’était un moteur vers l’inachèvement, une incessante poursuite de l’illimitation, une tournure de l’esprit qui faisait surgir des tensions du moindre glissement et qui me contraignait à aborder la vie d’une manière arrogante, pleine de désarroi, totalement désincarnée. Et puis j’en ai eu marre, je crois, je ne sais pas, il est arrivé quelque chose, j’ai choisi de diriger ma révolte ailleurs, de concentrer tout ça vers un point qui ne serait plus exclusivement à l’intérieur de moi, je ne pourrais pas dire précisément où, mais il s’est réellement passé quelque chose. Vient un moment, peut-être, où il faut accepter certaines choses pour savoir aller plus loin; faire le deuil d’une part de soi et la rejeter derrière comme une peau morte pour continuer la route, le menton relevé, une petite lumière au fond de l’oeil qui nous rappelle que les hontes et les erreurs du passé seront toujours là, à veiller sur nous, avec leur forme toute particulière de bienveillance inquiétante. Mercredi, S. m’a confié que c’était nouveau, ça, cette façon que j’avais de lui expliquer mes motivations, de faire des projets. Un peu plus tôt, aujourd’hui, j’ai reparlé à A., sans cette angoisse qui m’aurait opprimé la poitrine si la scène avait eu lieu quatre ou cinq semaines auparavant. Puis ce soir je mange avec N., N. qui me sourit encore et qui n’a pas trop peur de moi, malgré tout. On se croirait dans un téléroman. |
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(27.06.07)
J’allais m’installer devant le clavier et passer quelques minutes à envoyer des courriels à diverses personnes, mais je ferai plutôt cette annonce publiquement, puisque vous êtes plusieurs à vous demander jusqu’où tout ça ira. Autant vous l’avouer: je n’ai pas été aux demi-finales de Loft Story. Eh non. J’ai eu une assignation pour le boulot, je devais aller interviewer Lucie Laurier à la même heure, à l’autre bout de la ville, alors vous devinez la suite. En rentrant chez moi, toutefois, j’ai vu sur mon afficheur que le réseau TQS m’avait appelé cinq fois mais (et c’est là que j’ai choké) je n’ai rien fait pour les recontacter. Sébastien devait m’apprendre que «l’expérience de l’intello qui va dans le loft pour apporter du contenu a déjà été tentée dans Loft Story 2, en France [...] En entrevue, le lofteur en question avait conclu à un échec total de son projet.» Qui sait, je viens peut-être d’éviter une catastrophe.. (notez que je ne tire aucune leçon des événements, même si parfois je me dis qu’il serait temps de retenir ce que la vie essaie tant bien que mal de m’inculquer). |
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(23.06.07)
Un sac en plastique lui recouvrait la tête, toute la tête, comme si dans ce geste elle avait voulu se débarrasser de son visage, de ses yeux, de sa voix, réintégrer les vestiges de l’absence, faire disparaître une fois pour toutes son image sous cette mince pellicule translucide, ne plus exister, ne plus sentir, s’abîmer dans un néant sans modèle, partir loin et devenir autre. Voilà, scouic, fini. C’est comme ça que je l’ai trouvée, lorsque j’ai ouvert la porte : étendue par terre, recroquevillée comme une momie de musée, lascivement mêlée aux partitions du néant, en pleine répétition. Un corps sans qu’on lui voie la tête, rien qu’un corps, mais terriblement là, physique, incontournable, obsédant, imposant sa présence dans une sorte de long cri paisible, immobile et central, un hurlement d’étoile morte qui déchire sans fin les murs, traverse la ville, s’amplifie dans l’atmosphère pour regagner la clameur éthérée des hauteurs. J’ai dégluti en tirant la langue et j’ai retiré le sac pour découvrir une expression éteinte, tranquille, sur son visage. Elle était belle, avec ses lèvres entrouvertes comme pour un dernier baiser, si belle avec ses joues livides, ses paupières closes et ses traits durcis, figés, avec cette longue marque rouge autour du cou qu’elle aurait pu avoir, qu’elle aurait eu, que j’imaginais bien là, comme si un fil de fer lui avait patiemment obturé la trachée pendant la nuit, ce long sillon qu’on aurait eu envie de parcourir du bout du doigt, y glissant avec une sensualité morbide – mais il n’y avait rien, sa peau était blanche, intacte, délicate : le sac n’avait pas été refermé, bouclé, tendu, serré, la mort n’avait pas eu lieu, pas cette fois-ci, pas au complet. Pour ça, je me disais, pour ça, il faudra bien savoir attendre encore un peu. |
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(22.06.07)
Bon, on en était où avec tout ça ? Ah oui, tiens, c’est vraiment trop la honte. J’ai eu un coup de fil mercredi matin: vous savez, cette histoire de formulaire rempli à 4 heures du matin, eh bien les organisateurs de Loft Story ont retenu ma candidature pour les demi-finales. Décidé bien entendu à me rendre jusqu’au bout, à voir jusqu’où je peux repousser les limites de ma propre insignifiance en infiltrant le domaine public de la bêtise, j’irai donc me pavaner devant jury en compagnie de ravissantes petites écervelées, non sans me demander ce que je fais là, mais j’ai un de ces foutus orgueils.
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